Chers Amis,

Quand le ciel devient d’un bleu profond, que la montagne se dilue doucement dans le pourpre, c’est que l’automne est là. Le tapis orangé de feuilles tombées des châtaigners adoucit les pas alors qu’un doux parfum de paille de riz brulée envahit la plaine.

C’est ma saison préférée. Jamais les Huangshan ne sont aussi belles qu’à ce moment précis de l’année, ressemblant à si méprendre aux peintures traditionnelles chinoises.

Pins surgissant de la brume, mers de nuages roulant entre les rochers, des images dont usent les peintres pour décrire le bonheur, la quiétude, la rage, la colère, la tristesse, la mélancolie, la beauté, la révolte, la fébrilité, l’éphémère, l’éternité, qui les touchent. Cette mise en scène pleine de pudeur nous révèle à demi mots une civilisation avec laquelle les gens d’ici n’ont jamais rompu.

Photo de XUE Bingqing – 2012

Wang Wang se marie ! Ceux qui nous ont déjà rendu visite, connaissent forcément Wang Wang, le fabriquant de pinceaux du village (voir sa boutique en ligne : http://club.zhaji.com). Lui et moi avons le même âge, et sommes amis de longue date. Ce garçon courageux a souhaité maintenir son activité de « dresseur de poils » malgré une Chine qui change, des opportunités diverses et un commerce très fragile. Un choix de vie qui l’a mené à beaucoup de sacrifices.

Derrière cette existence singulière, nous devinons un problème de société bien connu en Chine : celui des paysans pauvres qui ne trouvent pas d’épouses. Plusieurs facteurs sont en jeu, le premier est démographique (un ratio homme femme trop déséquilibré) et l’autre est économique (rares sont celles qui acceptent de partager la vie d’un paysan).

Mais pour Wang Wang la vie de famille va devenir bientôt une réalité puisque c’est au cours du nouvel an chinois que la noce sera célébrée ! Le bai jiu y coulera forcément à flot, et c’est dans l’alégresse générale que débutera pour lui une existence nouvelle pleine de nouveaux défits !

Reportage de CCTV7 à Chawu.

Du côté de Chawu cela fait un an maintenant que nous notons un engouement des médias chinois pour pour notre aventure. L’année prochaine, nous fêterons les 10 ans de l’acquisition de cette maison, et ce soudain intérêt de nos amis chinois pour ce projet est une surprise. Nous sommes en tous cas heureux de pouvoir partager avec eux, et profitons de l’occasion pour défendre au mieux notre engagement à mettre en avant la préservation du patrimoine local, le cadre de vie des habitants et les savoir-faire artisanaux.

Le résultat est plutôt amusant et sympathique. Vous trouverez bientôt une sélection de reportages télé et magazine sur une nouvelle page du site spécialement destinée aux sinophones.

Julien

Chers Amis,

Il y a déjà plusieurs étés que Sanxing fait parti de notre équipe. Les années passant, je recherchais une personne susceptible de prendre le relais pour accompagner nos visiteurs dans les excursions les plus sportives.

Sanxing me fut présenté par un voisin. Son sourire et son désir de découvrir le monde à travers la diversité des personnes qui passent à la maison, m’ont tout d’abord convaincu de tenter l’expérience. Ce n’est que quelques semaines plus tard que j’ai compris combien ce garçon étonnant allait apporter à nos visiteurs.

Il est né dans un petit hameau perché dans la montagne qui domine le village. Alors accessible qu’à pied, l’école était à une heure de marche. Tout en observant la nature particulièrement luxuriante de la région, il parcourrait matin et soir ce chemin qui traversait rizières en eau, théiers et torrents. Aujourd’hui il connaît les environs par coeur. Et c’est toujours avec un regard malicieux qu’il fouille dans les buissons à la recherche de baies sauvages ou d’une orchidée.

Fang Sanxing- octobre 2012

Car Sanxing, en grandissant, n’est devenu ni paysan, ni menuisier, ni braconnier, ni commerçant, ni même guide, il a choisi de tout faire à la fois…

Il possède donc quelques parcelles de théiers parmi les mieux exposées du village. Cela lui a valu d’en vendre une quantité non négligeable au Palais des Thés qui le proposait à prix d’or dans ses boutiques de France. Il entretient également une pépinière d’orchidées sauvages qu’il approvisionne de ses trouvailles en montagne et qu’il revend aux nombreux collectionneurs chinois. Sans oublier la chasse à la grenouille qui l’occupe beaucoup les nuits d’été et bien évidemment les balades accompagnées de la maison qui le ramènent sur les chemins de son enfance.

 

Un osmanthe dans le village,

arbre vénéré en Chine pour la délicatesse du parfum de ses fleurs – juillet 2012

Si la pluie se met à tomber, il se précipite avec ses protégés dans la maison d’un paysan voisin qui ne manquera pas d’offrir un thé chaud et quelques graines de tournesols pleine de réconfort. Si le soleil tape trop, c’est une pastèque gardée au frais dans le ruisseau qui épanchera la soif des marcheurs. Sanxing connaît tout et tout le monde ici ! Il nous entraine donc souvent dans des improvisations sympathiques, riches en expériences nouvelles et authentiques. Ce qui réserve d’ailleurs parfois des sensations fortes… Si vous croisez un serpent sur la bas côté du chemin, rien ne dit que Sanxing ne lui sautera pas dessus pour en faire son repas du soir… que vous ne serez pas contraints de partager avec lui bien évidemment.

L’été fut chaud à Chawu, rythmé par les excursions matinales, les baignades dans le bassin et les apéros pris sous le parasol. Jamais la bibliothèque n’est autant sollicitée que pendant cette saison ; pour une lecture savante à l’ombre des châtaigners ou plus légère juste avant les siestes, très prisées, de l’après déjeuner.

Puis doucement les soirées se sont faites plus fraîches, les cigales se sont tues et les fleurs d’osmanthe ont embaumé le jardin. Un automne précoce qui autorise la douceur des feux de cheminée et la dégustation revigorante d’une tasse de thé dans laquelle s’épanouissent quelques feuilles de Maofeng.

Julien