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Lettre d’information – hiver 2014

mai 20th, 2014 / / categories: Vie paysanne /

Chers Amis,

C’est depuis un vol vers l’Europe que je vous écris cette lettre. Nous sommes actuellement au dessus de la Sibérie, une région que j’ai traversée maintes fois dans les deux sens, la plupart du temps par les airs mais également une fois en transsibérien.
En cet anniversaire des dix ans du projet Chawu, je ne peux m’empêcher de porter un regard quelque peu mélancolique sur ces belles années en Chine. Je me rappelle de ce premier aller simple pour Pékin qui me transportait vers l’inconnu, seul. En parcourant une édition du Monde disponible à bord je lisais : "Lucien Bodart est mort".
Quatre ans plus tard je foulais pour la première fois les rues du village. J’étais loin de penser que c’était pour y consacrer une partie si importante de ma vie.

Cela fait donc désormais dix ans que j’ai acheté sur un coup de tête cette maison qui sera, après la rencontre de ma délicieuse épouse, la plus belle aventure que la Chine m’ait jamais offerte. Je me souviens de la motivation première qui m’emmena vers cette contrée lointaine : je voulais savoir si j’étais capable de comprendre l’être humain dans sa diversité la plus extrême. Chacun peut avoir son avis sur la question, pour moi les Chinois m’apparaissaient comme les habitants les plus énigmatiques de notre planète.

sieste

Le lendemain de l’acquisitation de Chawu – été 2003

C’est donc animé par un idéal empreint d’universalité, que je partais à 24 ans apprendre les Chinois et la Chine. Si je n’ai pas la prétention de considérer aujourd’hui que j’y suis parvenu, j’ai la satisfaction de pouvoir dire qu’il m’a été donné de partager beaucoup avec ce pays. D’y compter des amis, des rires, des lieux, des moments forts de bonheur et de douleur. Une pivoine qu’un voisin m’a offerte suite au décès d’un proche. Une peinture comme cadeau de mariage. De la sueur quand des travaux particulièrement conséquents nécessitaient que tout le monde s’y mette. Des gestes d’affection. Des regards amicaux.

Avoir pu toucher la Chine dans son authenticité est une chance que j’ai eu beaucoup de bonheur à vivre avec ceux qui nous ont rendu visite au long de toutes ces années. Il est tellement plus agréable de partager de tels moments que de les vivre seul. Merci donc à tous d’y avoir participé.

Mon voisin m’a assuré que s’il avait été Français,
il aurait voté pour moi ! – mai 2014

 

Combien de temps va encore durer le miracle ? Comment se terminera l’histoire ? Le suspense reste entier et apporte un supplément d’intérêt qui n’est pas pour me déplaire.

Chawu continue, et moi avec.

Je ne peux prendre congé de vous sans vous signaler ma participation en tant que candidat aux élections des Conseillers Consulaires qui se dérouleront le 25 mai prochain ; et ce sur la liste Français de Shanghai, citoyens solidaires. Pour ceux qui vivent dans la circonscription de Shanghai, je vous invite à prendre part à ce vote important pour notre communauté.
En ce qui me concerne, je m’engage, au-delà des clivages politiques, à me consacrer avec la même passion à la défense de nos intérêts.

Parce que je ne suis pas certain que la vie m’offre à nouveau l’opportunité de rédiger un slogan à mon nom, je ne résiste pas au plaisir de le scander avec vous :

"Votez bien, votez Julien"

Chers Amis,

L’automomification… voilà un projet bien curieux, surtout quand il est envisagé pour soi-même.
Lors d’une récente visite à Jiuhuashan, ce mont sacré du bouddhisme qui se situe à 1h30 de la maison, un moine m’expliqua l’histoire de cette pratique singulière. Accompagné par l’un de ses confrères, il a la responsabilité de l’un des plus beau temple de ce lieu bien particulier qui abrita à l’époque Ming plus de 300 lieux de culte !Les candidats à l’automomification doivent suivre des règles drastiques durant les cinq dernières années de leur vie. Tout d’abord un régime alimentaire qui interdit les céréales. Puis quelque temps plus tard les légumes. Ils ne s’alimentent alors plus que d’eau. Une fois le décès constaté le corps est déposé dans une jarre étanche. Quelques années plus tard on l’exhume pour le faire sécher à la chaleur des bougies du temple. Il est recouvert ensuite de bandelettes et placé dans une chasse.

siesteUn lieu magique,
le Temple Tianqiao à Jiuhuashan – Août 2013

Cette pratique est marginale chez les bouddhistes. Pourtant à Jiuhuashan elle est très répandue. Le culte de Maitreya, le Bouddha du Futur, y est en effet très pratiqué. En « s’automomifiant » on préserve son corps de la détérioration naturelle dans l’attente de la venue de Maitreya. Ces momies font l’objet d’un culte fervent qui attirent des foules de pèlerins.

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A Chawu également l’avenir nous préoccupe. Après des années de tergiversations, nous nous sommes enfin décidés à concrétiser notre projet de deuxième maison.
La réflexion fut longue : fallait-il la faire dans un autre village ? racheter une maison voisine ? C’est finalement une toute autre option que nous avons choisie, la plus audacieuse peut-être, déménager une maison dans le jardin !

La principale difficulté fut philosophique. Dans notre conception occidentale une maison ne se déménage pas ! Mais dans la Chine en développement déménager une maison ancienne, peut signifier la sauver !

L’autre argument qui a fini de nous convaincre, est que les habitations locales sont faites pour être démontées ! Régulièrement les habitants procèdent au démembrement de leurs habitations pour restaurer les pièces endommagée et traiter les parties sensibles.

Notre dernière réalisation – Septembre 2013

Aucun mur n’est porteur, c’est la charpente qui soutient l’édifice. Les bois qui la composent sont emboîtés les uns dans les autres. Aucun clou n’étant utilisé, il suffit de les désentrelacer pour démonter une maison en quelques heures seulement.

Certain de ne commettre aucun sacrilège, heureux de pouvoir sauver une de ces habitations anciennes que nous aimons tant, nous nous sommes donc jetés à l’eau !
Et en quelques semaines seulement, alors que Chawu était en vacances, une petite maison a ressuscitée sous les châtaigniers. Tout naturellement, comme si elle avait toujours été là, elle a pris sa place dans le jardin.

Julien